De Lyon à Paray-le-Monial

Sur les traces du professeur Lorgnon

Histoire de terminer les vacances de Noël d'une façon originale, j'ai emmené mes filles et mes neveux faire une belle ballade... en Autorails !

Bien que modéliste ferroviaire depuis quelques années, je n’ai découvert « Les voyages du professeur Lorgnon »[i] que très récemment. A ma grande surprise, l’un des premiers voyages de ce personnage se passe dans une région que je connais très bien pour l’avoir fréquemment parcouru en voiture : La Vallée de l’Azergues et le Sud de la Saône et Loire. Curieux de savoir si on pouvait toujours réaliser de tels périples et cherchant à « meubler » une journée de vacances d’hiver sans neige, j’ai proposé à mes filles et à leurs cousins lyonnais d’aller « faire une ballade en train » jusqu’à Paray-le-Monial, comme ça, histoire d’aller admirer la Basilique romane.

Le parcours

Connaissant bien le parcours ferroviaire de Lyon à Lozanne pour être allé plusieurs fois à Saint Germain des Fossés via Roanne, j’ai décidé de varier la promenade de Lorgnon en partant de la Gare de Lyon Saint-Paul, petit terminus au cœur de la ville historique médiévale, cul de sac avec quatre voies à quai en courbe, coincées au pied de la colline de Fourvière.

Nous avons donc mes filles et moi, quitté Lyon à 8h52 par le TER 54182, embarqué les cousins à l’arrêt à Tassin à 9h04, pour arriver en gare de Lozanne à 9h30. A 10h01 nous sommes montés dans le TER 59582 qui était parti de Lyon Perrache à 9h29 (réel parcours de Lorgnon). Nous sommes arrivés à Paray-le-Monial à 11h22, déplié les trottinettes flambant neuves et visité la ville, sa Basilique, son jardin d’enfants en bordure de la Bourbince, son magasin de jouet, bref les centres d’intérêts les plus recherchés par ces touristes en herbe. A 15h34 nous avons repris le même autorail qu’à l’aller (à l’étonnement du contrôleur qui n’avait pas l’habitude de voir des usagers faire un aller-retour le même jour), qui avait pris le numéro impair de retour 59583. Pour gagner un peu de temps sur le voyage, nous sommes restés dans ce train jusqu’à son terminus à Lyon Perrache à 17h30. Nous aurions pu en effet changer à Lozanne comme à l’aller pour le 54213 partant à 17h28 et arrivant à Lyon-St Paul à 18h07 mais l’occasion était trop belle d’essayer dans notre foulée le nouveau tramway, de Perrache à Grange-Blanche !

Les modalités

Nous avons réalisé ce voyage un vendredi, ce qui est une erreur car le retour étant en période « blanche », nous n’avons pas pu bénéficier d’un tarif « Découverte » et de surcroît le 59583 était presque bondé pour le retour alors que nous avions pu occuper une travée entière de banquettes à l’aller (ce qui fut bien pratique pour « tirer les rois » au goûter de 10h15).

Une autre mauvaise surprise fut de découvrir que les guichets de la Gare Saint Paul n’ouvraient pas avant 9h00, ce qui m’obligeât à utiliser les distributeurs automatique avec lesquels je ne suis pas familier, et m’empêchât ainsi de bénéficier du tarif réduit jusqu’à Lozanne où je pus enfin accéder à un guichet.

Je conseillerais donc de s’y prendre à l’avance pour acheter les billets et de voyager un samedi, ce qui permet éven­tuelle­ment de faire étape en route[ii] pour déjeuner comme l’avait fait Lorgnon mais ne laisse qu’une demi-heure à Paray, juste à peine le temps de photographier les emprises de la gare.

Tout le voyage s’est fait dans des EAD « Caravelles » plus ou moins taguées avec plus ou moins de goût. J’ai noté que si bon nombre de modélistes français se plaignent de cette « pollution graphique », les enfants qui m’accompagnaient appréciaient plutôt bien ces ruptures dans l’uniformités des matériels roulants. Celui de Lyon à Lozanne étant un matériel rénové par la Région, cette « ambulance » blanche avait été un support idéal pour décorer l’un de ses flancs.

Lyon – Lozanne

Au départ de Saint-Paul, la ligne traverse la colline de Fourvière par un long souterrain débouchant dans la gare de Gorges de Loup, jonction inter-modale entre le train, le métro, les bus et les cars TER. La ligne grimpe ensuite entre les pavillons de la banlieue ouest lyonnaise, construits tout au long du XXe siècle dans ces petites combes où serpente la ligne.

Toute la ligne est en voie unique de Lyon à Lozanne sauf une courte portion à deux voies après la gare de Tassin. Cette gare est un remarquable nœud ferroviaire, avec sa double jonction entre les directions de Lyon-Saint-Paul et Brignais d’un coté et l’Arbresle et Lozanne de l’autre.

Le ferrailleur en bordure de voie à la sortie de la gare de Tassin mérite aussi une mention pour ses véhicules de « collection » (années 50) qu’il laisse rouiller dehors.

Après le palier de Tassin et la profonde tranchée de Charbonnières, on continue de monter progressivement jusqu’à Dardilly, avec quelques arrêts disposés au milieu des bois et des parcs, nombreux par ici.

Après Dardilly, l’autorail prend de la vitesse et se laisse emporter dans une longue pente qui ne s’arrête qu’à Lozanne, enjambant allégrement à Dommartin le tunnel encadré de deux viaducs dont l’un est en hélice !

Cette courte ligne mériterait qu’on en fasse la reproduction, tant elle présente des aspects originaux et variés.

Lozanne – Paray-le-Monial

Sans reprendre la description technique de la ligne déjà faite amplement par ce cher Lorgnon, je me contenterai de citer les différences notables qui sont advenues sur ce parcours.

Cliquez pour zoomer sur l'ex-Buffet de la GareLe premier point est la réduction du nombre d’arrêts. Entre Lozanne et Lamure sur Azergues, seul un train par jour assure en fin de journée la majeure partie des arrêts qui ont été conservés. Sinon il faut prendre le car.

La cimenterie qui était en construction au moment du voyage de Lorgnon est maintenant en forte exploitation. Heureusement car il semble que ce soit la seule Emprise Privée qui ait survécu. Toutes les autres qu’on peut deviner comme ayant desservi les négociants en vins du Beaujolais ont été supprimées et remplacées par des accès pour les semi-remorques.

Jusqu’au Bois d’Oingt, la ligne semble à double voie mais seule une est employée. Au delà, seule subsiste une voie unique.

Cliquez pour zoomer sur le passage du Viaduc de la BoucleComme la région de Lamure a été très fortement touchée par la tempête de 1999, la cour marchandise et sa minuscule halle ont retrouvé une forte activité dans le chargement de tombereaux de bois. Les forêts de Douglas, ces grands sapins du Canada qui avaient été plantés en masse dans cette région, n’ont pas résisté à Eole déchaîné et les collines alentour ressemblent à autant de cranes ébouriffés, au grand désarroi de leurs propriétaires.

De l’arrêt en gare de Lamure jusqu’au tunnel des Echarmeaux, l’autorail met toute sa puissance pour affronter cette rampe, tant redoutée du temps de la vapeur, et on sent sa peine à l’ouvrage. Que penser des projets de faire passer une partie du fret Paris-Lyon par ce chemin pour délester les autres artères ? Il faudra de sacrées machines en UM et en pousse pour faire ce parcours non électrifié.

Arrivé en Bourgogne, les E.P. sont toutes aussi inexistantes et les cours à marchandises totalement « squattées » par des entreprises artisanales, tel ce ferrailleur à Chauffailles.

De bovins dans les prés, quasiment pas vus, effet de l’hiver (pourtant très doux) ou de la « Vache Folle » qui a décimé tant de troupeaux ?

J’ai eu un vif plaisir au franchissement du viaduc de Mussy-sous-Dun lorsque les enfants ont spontanément levé le nez de leur Game-Boy pour s’extasier devant la vue imprenable, eux qui avaient été totalement hermétiques à la « Boucle » de Claveisolles, malgré la présence dans cette commune de cousins germains !

En revanche la déception fut grande à La Clayette, de voir que cette (ex-)grande gare n’avait plus qu’une seule voie à quai sur les quatre initiales. Heureusement le débord marchandises a été conservé, avec son curieux quai à bestiaux de surface triangulaire qui est à présent encombré de matériaux divers.

A Paray-le-Monial, objectif de ce voyage, nous n’avons pas pris de temps pour visiter les abords ferroviaires en raison du temps humide et de la nette envie de changer de mode de transport (trottinettes à rôder) ! De plus je disposais déjà de quelques vues prises l’été 99 de ce qui reste du dépôt vapeur et des ateliers de réparation de wagons, avec son grill de garage où étaient parqués, lors de cette visite, de nombreux couverts à bestiaux en train de rouiller.

En conclusion

Pas mal de choses ont changé depuis le voyage de Lorgnon. Si subsistent la Cliquez pour zoomer sur le locotracteur de la cimenteriecimenterie de Lozanne et l’entreprise de traitement des poteaux et traverses de Paray, le bassin industriel de l’Azergues a été réduit à peau de chagrin. Seuls quelques vestiges témoignent de l’activité qui a pu régner. La vallée, en amont, s’est spécialisée dans l’exploitation du bois, et, en aval, a concentré son activité autour du vin. Pour ces deux pôles, la route est devenue le vecteur quasiment unique d’expédition de leurs productions.

Pour autant, ce voyage reste des plus beaux, en témoignent les voyageurs qui s’étaient levés pour regarder le paysage par les fenêtres entre Chauffailles et Paray, mais aussi et surtout les enfants qui sont revenus à Lyon enthousiasmés par cette journée inhabituelle, alors que je craignais que la longueur des trajet (2x2h) ait excédé leur patience !

Et surtout, c’est le plus important, la Basilique de Paray est toujours aussi belle et… Magique !

 

La prochaine fois nous devrions partir « En petit Bugey » !



[i] Henri Vincenot, Les voyages du professeur Lorgnon, éd. Denoël, 1983

[ii] A noter la présence de deux musées de voitures anciennes à Chauffailles (années 1930-1950) et à La Clayette (ant. à 1930).

Guillaume ROSQUIN *janvier 2001